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Dimanche 4 janvier 2009

"À cheval sur mon bidet au galop il fait des pets au pas, au pas au trot, au trot au galop-galop-galop-galop YOOUUU !"

Renversée sur mes genoux, Clara, deux mois, la fille de ma fille, sourit béate. L’odeur du café et des croisants chauds donne à la pièce son air de petit-déjeuner. Dehors, jour à peine levé, vent et crachin. « … cheval sur mon bidet… pets… galop-galop… ».
 
Ben oui ma p’tite puce, “Nanou” aussi se marre. Et sacrément ! Toi, tu n'as pas encore bouclé le quart de ta première année et “Nanou” vient d’en vivre une des plus rigolotes depuis des lustres. Oh, pas pour les mêmes raisons que toi, bien sûr ! Quoique…

 Tu sais, ces dessins animés que ton frère et ta soeur regardent sur l’écran télé ? Eh bien pour moi, 2008, c’était presque pareil : un grand dessin animé super marrant où les méchants se cassent la margoulette les uns après les autres. Là, en ce moment, c’est la fin du film. Grandiose et de plus en plus tordant. Regarde bien…

Oncle Picsou, par exemple, Tous les oncles Picsou du monde. Plumés comme des bêtas par un des leurs, ce Madoff ! Regarde donc s’ils ont l’air benêt avec leurs milliards évaporés et leurs maisons toutes cassées ! Z’arrivent même plus à faire des nuits complètes, tant ils sont paniqués, ces pauvres riches !

Et çui-là, oui, le niais qui fait son chef du monde derrière les micros, qu’a l’air plus bête qu’imaginable, et qu’essaie d’esquiver deux godasses.

Et le tout minuscule que voici, agité de tics comme pas un, qui marche dans le caca un grand sourire aux lèvres. Et qui dit que tout va bien, dodo l’enfant do, qu’il maitrise le biberon des Français, et que ça sent rudement bon partout grâce à toutes les crottes qu’il a semées, lui tout seul. Passe-moi donc ton chausson, ma biche, qu’on lui balance sur le pif, à ce pitre !

Et tous les autres là-bas, en noir, les gendarmes à Guignol et Gnafron, qui s’apprêtent à attaquer une épicerie arabe, après celle de Tarnac, suite à des pétards trouvés dans un grand magasin de père Noël.

Et toute cette foule de “grands” tout petits autour de nous, affolés par un improbable méchant loup, qui courent dans tous les sens en roulant des gros yeux verts de trouille du noir…

Qu’est-ce qui cloche, ma poulette ? Non, non, “Nanou” ne pleure pas. Elle rigole aux larmes, c’est tout ! En fait, tu vas peut-être avoir un pot dingue finalement. Si ça se trouve, tu vas avoir la chance de vivre l’an 09 dès ta première bougie. Peut-être ! Un évènement que ta grand-mère espère depuis plus d’un demi-siècle ! Que je t’explique…

L’an Neuf09, c’est un truc de fou inventé autrefois par des potes à “Nanou”. Ça devait être une grande fête trop géniale ! Où on vivrait tous peinards à faire les dingues et des tas de galipettes, et des tas de clowneries gentilles comme tout. D’ailleurs, c’est déjà commencé. Vois donc  Alex là-bas avec ses copains et ses copines du lycée qui chantent à tue-tête bras dessus-bras dessous, et qui crient des gros mots : « Merde à Darcos ! Au cul, au cul, aucune hésitation ! … »

Et toutes ces maîtresses, ces maîtres d’école, de plus en plus nombreux, qui clament tous, en public, qu’ils vont désobéir ! T’es encore un peu petite, mais je t’assure que voir des maîtres d’écoles se vanter de désobéir et inciter les autres à le faire, c’est du rare ! Une vraie révolution, même, je te ferai dire ! Qu’est-ce tu as ?

Tu tires une drôle de tête ! T’en as un peu marre des histoires à “Nanou” (je continue à mettre des guillemets, j’arrive pas à m’y faire !), c’est ça ? C’est drôle qu’un moment, je suis bien d’accord. Tiens, pour te changer, je vais te faire écouter une petite chanson chantée par un autre papy que « Nanou » aime bien. Bonne année à toi et à tout le monde…

http://www.dailymotion.com/video/ketLq3mj2DicJdHLw

Par bernadette
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Mercredi 28 novembre 2007
Il était une fois un petit village, très ordinaire peuplé de braves gens avec leurs soucis, leurs joies leur vie … ordinaire….
 
Un matin, la cloche du village, à laquelle personne ne faisait plus attention, se mit à sonner, très fort … elle ne s’arrêtait plus ….
 
Les gens, interloqués, sursautèrent …. La cloche les avait réveillés …. C’était magnifique, cette musique résonnait de montagne en montagne … Elle était forte, elle les enveloppait, les transportait ….. Bien loin de leur petit village … Cette musique était presque trop forte, trop belle …. Leurs oreilles n’étaient plus habituées !!!
 
Soudain…. Tout s’arrêta …. Un silence très lourd s’installa … Les gens se regardèrent surpris …. Ils réalisèrent que ce silence, qu’ils connaissaient pourtant bien paraissait vide désormais …ils  avaient goûté à autre chose … leur désirs étaient réveillés…. Ils se sentaient orphelins ….
 
C’est alors qu’un tout petit bruit, doux, mélodieux se fit entendre … la cloche s’était remise à tinter, discrètement … il fallait être attentif, silencieux pour l’entendre… Les gens du village, souriants, se tournèrent les uns vers les autres … plongeant leurs regards dans les yeux de leurs voisins et des gens plus lointains… Ils venaient de réaliser que, dans leur vie ordinaire, ils avaient oublié leur musique intérieure, ils avaient aussi oublié de regarder les yeux de leurs voisins pour y lire également l’écho de leur musique intérieure …
 
La cloche les avait éveillés …la petite musique était là, comme un rappel …
Tout était pareil … Rien n’était pareil …
 
Par bernadette - Publié dans : mon estampille
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Dimanche 4 novembre 2007
 
 
 
Hier je me posais cette question essentielle, vous l'avouerez :
Existe-t-il une aptitude au bonheur, comme il existerait  des  gênes du bonheur ?
 
Nous sommes tous d'accord pour admettre  que le bonheur est une notion complexe, subjective dont la définition varie d'une personne à une autre : tout ce qu'on fait dans la vie tend vers un but : le bonheur (qu'il s'agisse de la satisfaction des besoins, ou de la satisfaction des désirs...) Pourtant, il est très rare que deux personnes aient la même définition du bonheur.
 
Si on vous demandait  d'évaluer votre bonheur sur une échelle de 1 à 10. Que répondriez-vous ?
 
Une enquête, parmi tant d'autres,  demandait aux gens :
''Êtes-vous très heureux, plutôt heureux, plutôt malheureux ou très malheureux''
90% des personnes répondirent  qu'elles étaient très heureuses ou plutôt heureuses...
Alors qu'il est prouvé, par ailleurs,  que le taux de consommation d'anti dépresseurs, d'anxiolytiques ou  psychotropes en tous genres est en constante  augmentation, de même que le nombre de suicides. Mais soyons francs, l'image de la réussite et du bonheur que nous impose notre société est telle qu'un aveu de non-bonheur équivaudrait  à celui d'avoir raté sa vie...  Alors on refuse cette idée. Affligeant !
 
Mais, revenons à la question de départ.
Je  suis persuadée qu'il y a des êtres qui disposent d'une plus grande aptitude au bonheur que d'autres : tout se passe, bien entendu, à l'intérieur de soi :
''... le bonheur ne doit être recherché ni dans la solitude, ni dans la foule. Il est en Soi.''
Un esprit ouvert, accueillant ;  une tendance  à coloriser ce qui est devenu terne, trop gris ;  une fraicheur spontanée ; une manière d'appréhender le quotidien ; une joie instinctive ; une capacité à pouvoir encore et toujours regarder le monde avec des yeux d'enfants émerveillés ; cette volonté de garder en soi envers et contre tout un désir d'ouverture (une suite, une fenêtre, une porte ouverte).
Bref rester toujours proche et collé à ses émotions instinctives ce qui nous permet d'apprécier tout le spectre des sensations que ces émotions dégagent.
 
 
 
Il n'existe pas une seule journée sans un « petit bonheur »
Alors pourquoi ne pas le ramasser?
 
 
 
 
 
Mon petit bonheur du jour :
La douceur et la chaleur du cou de mes petits enfants
ce matin,
quand ils se sont réveillés et qu'ils se sont jetés dans mes bras pour me dire bonjour.
 
 
 
 
Par bernadette - Publié dans : mon estampille
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Jeudi 11 octobre 2007

J’ai toujours eu un faible pour la philosophie. Philosopher, c’est avant tout s’ouvrir au Monde et aux pensées autres que les nôtres, sur des sujets aussi divers et variés que l’humanisme, la politique, l’économie, la religion, la psychanalyse… et également la philosophie en elle-même.


Aussi, j’ai pensé qu’il ne serait peut-être pas inintéressant d’en parler un peu, sans entrer dans de longs sujets autant abstraits qu’ennuyeux, mais plutôt en discutant sur des sujets simples, accessibles à tous, et qui pourtant sont (ou pourraient être) sources de grands débats philosophiques…

Paradoxalement, je vais commencer avec un sujet des plus difficiles de la philosophie – en ce sens que les philosophes n’arrivent pas à se mettre d’accord. Je pense donc qu’il est important de commencer par cette question : Qu’est-ce que la philosophie ?


La philosophie est pour moi une science. Comme toute science, elle a un domaine d’étude – la pensée, et est à la recherche de quelque chose.


C’est sur l’objet de cette quête que les opinions des philosophes divergent : certains affirment que la philosophie est à la recherche de la sagesse, d’une morale, d’autres disent de la vérité, du sens de la vie ou bien d’autres encore du salut (sérénité face au concept de la mort, dont seul les êtres humains ont consciences).


Pour moi, sans pour autant entrer en contradiction avec ce qui a été énoncé, c’est bien plus simple : la philosophie est à la recherche du bonheur, du bien-être général comme de tout un chacun. En étudiant les diverses pensées (du présent comme du passé), la philosophie essaye tout simplement de trouver un moyen de nous faire vivre, de nous faire profiter de notre vie, parce qu’on en a qu’une…


C’est en ce sens que j’aime la philosophie, et que je pense qu’elle est très importante : à l’heure où tout se dirige vers les profits immédiats, vers un certain « individualisme », la philosophie nous apprend comment détourner les yeux de ce qui nous paraît important afin de regarder au plus profond de nous ce qui est vraiment essentiel.


Certes, la société actuelle - avec cet individualisme, cette manière de vivre au jour le jour de plus en plus matérialiste, c’est la philosophie qui en est principalement la cause : à force de nous conseiller de ne plus regarder ni vers le futur, ni vers le passé, mais de profiter de l’instant présent, les philosophes ont amené ce courant de pensée d’après-guerre qui tend à penser de manière égoïste, à ne regarder que son bonheur, que son intérêt. Mais, est-ce un mal en soit ? Ce sont également les philosophes (j’entends par « philosophes » non pas uniquement ceux qui ont pu écrire des livres, mais aussi tous ceux qui ont réfléchi et pensé à une Morale, et donc contribué à faire avancer la Pensée) qui ont amené la société telle que nous la connaissons aujourd’hui, c’est la philosophie qui est à la base - par exemple, des idées humanitaires qui ont donné naissance à la déclaration des droits de l’Homme. Nous nous pensons malheureux dans la société actuelle ? Mais qui serait prêt à retourner vivre comme au début du siècle, avec tout ce que cela impliquerait ? Qui voudrait revenir au temps de la guerre quotidienne, aux inégalités, aux intolérances comme elles étaient - bien pires que ce qu’elles sont aujourd’hui ?


Je suis d’accord que la société actuelle n’est pas parfaite (et je vous dirais franchement : tant mieux !), mais c’est aussi pour cela que la philosophie continue d’exister, de chercher… Sinon, elle serait resté « bloquée » aux dernières déclarations de Freud, Marx, ou Nietzsche (entre autres) : la philosophie est en quête du bonheur, et elle a largement contribué à rendre la société meilleure au fil des siècles, mais elle n’a pas encore totalement atteint son objectif ; elle ne l’atteindra jamais si vous voulez mon opinion, car chaque pas en avant, chaque avantage apporte son lot d’inconvénients – même s’ils restent moindres, qu’il faut tenter de supprimer, encore et toujours (l’être humain n’est-il pas, après tout, un grand insatisfait ?).


C’est pourquoi j’estime que la philosophie n’est pas à la recherche d’un objectif « fini », mais est simplement en quête d’une vie meilleure, et chaque auteur a tenté (et tente toujours) de faire de son mieux, chacun en son temps.


C’est pourquoi j’estime également que nous devrions prendre exemple sur elle et tenter de vivre nos vies du mieux que nous le pouvons, non pas en mettant de côtés les espoirs et les souvenirs (ils ont leur importance), mais en faisant en sorte qu’au crépuscule de notre vie, nous puissions regarder en arrière et être satisfaits, fiers de nous, en un mot : pouvoir se regarder dans une glace. Il est bien entendu que cela comprend une part d’humanisme, mais aussi une part d’individualisme (peut-être pas dans le sens égoïste, mais plutôt dans le sens du cadre familial et proche) – afin de pouvoir profiter et se faire plaisir. Mais ça, c’est un autre sujet.

Par bernadette - Publié dans : philosophie
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Jeudi 13 septembre 2007
Les mythes celtes parlent, à qui veut bien les entendre, de façon contemporaine. Ils interrogent le sens des situations culturelles et sociales observables encore de nos jours, ils s'appuient sur des représentations avec lesquelles ils entrent en dialogue en même temps qu'ils nous racontent les origines des cultures et groupes sociaux. Le mythe du Graal, est un véritable carrefour sémantique, une matrice culturelle, qui permet de relier ses racines, celtes et indo-européennes et son inscription sociale et culturelle.
Pour la thèse celtique (Jean Marx, Jean Frappier), le conte du Graal utilise les récits des mythologies et littératures celtiques sur les trésors et talismans de l'autre monde: la lance est une arme divine et royale, lance de feu et rouge de sang, lance du dieu Lug, du dieu Oengus, du roi Arthur capable de tirer du sang du Vent, le chaudron de Dagda (voir supra).... Mais la théorie celte ne fait état que d'éléments épars. GeorgesDumézil a, quant à lui, repéré, chez les Scythes, des objets d'or : charrue, joug, hache, coupe, représentant les trois fonctions indo-européennes :
-         la coupe qui sert au culte, (fonction sacerdotale),
-         la hache, la flèche et la lance servent à la guerre, (fonction royale),
-         le joug et la charrue à l'agriculture (fonction nourricière).
 
Or, chez les Tuatha de Dannan, les fils de la déesse Anna, (Irlande), il y avait CINQ villes où les Tuatha de Dannan apprirent Science et Magie:
-         à Failias était la pierre de Fail qui crie quand un roi prend la souveraineté d'Irlande,
-         Tara la capitale suprême, était symbole de la terre d'Irlande et de fécondité,
-         à Goirias, était l'épée de Nuadu qui blesse à mort,
-         à Findias, la lance de Lug, qui rend invincible,
-         à Murias, le chaudron de Dagda, le grand dieu druide symbole d'abondance.
 
Il se trouve que les objets du cortège du Graal du roman médiéval sont:
-         la lance et l'épée, instruments et symboles de la fonction guerrière,
-         le Graal dont la fonction est magico-religieuse,
-         le tailloir d'argent à la fonction nourricière.
 
Le conte du Graal serait ainsi la métamorphose d'un très vieux récit, qui, 4000 ans auparavant, racontait comment un jeune héros prédestiné parvenait, au travers d'un certain nombre d'épreuves, à conquérir les talismans royaux, symboles des trois fonctions sociales dont le groupement et la conservation garantit la prospérité et restaure une royauté déchue, indigne et impuissante dans un pays frappé de stérilité.
Le mot Graal est employé pour la première fois en littérature française dans le Conte du Graal ou le Roman de Perceval de Chrestien de Troyes, paru vers 1170, et s'inspirant d'une source perdue. On y voit Perceval témoin, au château du riche roi pêcheur d'un cortège au milieu duquel se trouve le Graal aux vertus fécondantes mais que le silence du bachelier réduit à l'impuissance. Il connaîtra une grande fortune chez un auteur allemand de la fin du XIIème siècle, Wolfram von Eschenbach, dans son roman Parzival qui inspirera Wagner. Chez lui, le Graal est taillé d'une pierre précieuse, l'émeraude tombée du front de Lucifer, lors de la chute des Anges; elle sera emportée plus tard là où l'on situait le paradis terrestre. L'on se souvient que la pierre de la kaaba des musulmans est aussi une pierre taillée apportée du ciel par l'ange Gabriel.
On trouve encore cette référence au Graal au XIIIème siècledans la Vulgate du Lancelot en prose ou corpus Lancelot-Graal, oeuvre anonyme composée vers 1225-1228, premier roman en prose et en langue vulgaire de notre histoire deux des cinq volumes qui la constituent sont consacrés au Graal: le premier à l'Estoire del saint Graal et le quatrième à la Queste del saint Graal.
Chez Robert de Boron, premier auteur à avoir composé un cycle complet autour du Graal, lequel fait paraître en 1212, une trilogie, le Roman de l'Estoire dou Graal ou Joseph d'Arimathie en vers, Merlin, Perceval, nous sommes dans un dépassement, sous influence chrétienne des significations du Graal attachée au chaudron d'abondance des Celtes. Chez lui, le Graal est le vase dans lequel Jésus but pendant la Cène, qu'il utilisa pour dire la première messe et où Joseph d'Arimathie recueillit le sang de ses plaies après son supplice. Transporté en Occident, il repose dans l'île d'Avalon, lieu mystique identifiée, dans l'entourage des Plantagenêts, à l'abbaye cistercienne de Glastonbury. La lignée de Joseph d'Arimathie, celle des gardiens du Graal, dont Lancelot est un descendant, assure sa protection. Le propre fils de Lancelot, Galaad, achèvera la Quête et le cycle pourra alors se renouveler. La légende arthurienne accomplit le lien entre les traditions celtes et la spiritualité cistercienne.
Les spécialistes s'accordent en effet pour souligner d'importants liens entre les romans gallois (Kulwch et Owen, les Mabinogion) dont le héros est Perceval et le cycle courtois français et les progrès de la littérature et de la mythologie comparées nous permettent désormais de mieux y percevoir les influences latines, orientales, germaniques, nordiques et occidentales, notamment courtoises et chrétiennes, sans parler des traditions ésotériques ni du folklore.
 
On passe en quelques décennies d'un Graal-chaudron symbolisant les cultes de fécondité de l'Europe chrétienne, via le Graal féminin, vase d'élection, dans le jeu complémentaire du principe mâle et du féminin où le graal est assimilé à la dame, lieu de toutes les aspirations courtoises, à la coupe de souveraineté, (gradalis). Puis dans une mystique influencée par les croisades et leurs prédicateurs, le Graal (ou graduel) prend la figure de la sagesse, dont rend compte une Quête mystique sous double influence: cistercienne et trinitaire. La quête du Graal permettra le passage des chevaleries terrestres aux chevaleries célestes. Le Graal est ici maître du temps dont il tient ensemble les liens tissés comme son ancêtre d'osier.
Ainsi, en 1537, lorsqu'il publie Pantagruel, Rabelais fait référence au Graal en nommant son héros "Panta/Gruel", à cause dit-il "de la sécheresse qui sévissait, car "panta" en grec vault autant à dire comme tout et "gruel" en langue Hagaréne vault autant comme altéré voulant inférer que à l'heure de sa nativité le monde estoit tout altéré, et voyant en esprit de prophétie qu'il seroit quelque jour dominateur des altérez". On pointera ici la fonction fécondante et d'abondance du graal. L'oeuvre de Rabelais, entièrement pétrie de culture populaire, est d'ailleurs organisée comme une véritable quête du Graal par les compagnons de Pantagruel partis à la recherche de la "dive bouteille", fontaine d'abondance et de sagesse.
Si l’on s’en réfère Gilbert Durand, on comprend pourquoi de cette idée de contenant, lié à l’oralité, (grasal, grasale, gresel),présent dans les récits celtiques (le chaudron) on soit passé, dans les romans arthuriens du Moyen-Age, au Saint Graal, vase mystique. Il semble en effet qu’il y ait attirance entre les schèmes de l’intimité de la nutrition (celtes) et ceux de la mystique (chrétienne).
Une autre interprétation fait ressortir la parenté entre Graal et Calx, la pierre blanche, chaux, ou pierre brûlante, épurante, liée à la pureté, ou encore au calx, le talon.
René Guenon propose aussi Gradale: livre ou graduale (graduel). C'est le sens de la Parole perdue, de la parole originelle à retrouver, d'où la nécessité d'une Queste. Graduel, c'est aussi le Grand Livre de la Nature des Alchimistes, le Liber Mundi, révélation du Monde. Dans l'Apocalypse de Jean, il s'identifie à L'Arbre de Vie. On est ici proche du symbolisme de la Croix et l'on retrouve dans certaines régions les instruments du supplice du Christ associés au Graal et à la Lance de Longin comme les symboles du Graal et de la Lance sont associés à la première parole du Coran.
Partant de la signification que lui donne Wolfram von Eschenbach, (pierre d'émeraude tombée du front de Lucifer dans laquelle fut taillé le Graal), l'herméneutique rapproche les verbes latins caelere = orner et caedere = tomber, immoler. Caedes prend le sens de sang versé. En français en dérive césure (= taille de pierre). Les pierres taillées cultuelles renvoient ainsi au mythe du Grand Architecte et il faut se rappeler que les Tables de la Loi étaient des pierres taillées.
L'as de coupe du tarot représente ainsi une coupe-Graal s'élevant en château à sept tours. Il symbolise les sphères célestes. Le Graal est encore château voué à l’inaccessibilité. La problématique se pose donc dans un contexte lié au ciel et à ses projections terrestres, architecturales. D'où l'importance du burin, le ciseau du graveur. Le caelator est le ciseleur et aussi l'architecte.
La Pierre-Table-Livre est aussi La Table d'Emeraude des Alchimistes et les Hermétistes désignaient volontiers le Christ comme la véritable pierre philosophale et comme la véritable Pierre d’Angle.
En même temps, le contenant Graal est, d'une manière mystérieuse identifié à son contenu, à la figure de l'aqua permanens, le Mercure, véritable vase caché, jardin philosophique où notre soleil naît et se lève.
La référence indo-européenne renvoie l'origine du Graal à la racine KERT- soit tordre, tresser, car l'on peut penser que les premiers objets contenants étaient confectionnés en tresses (corbeilles). Curieusement, cette idée de claie, qui figure aussi dans la légende de la cathédrale d’osier de l’abbaye de Glastonbury, refuge supposé du Graal, est aussi celle du lien, de l'attache (cratis), et l'on voit bien en quoi le graal est le lien qui unit les chevaliers d'Arthur dans leur Quête. Elle a, en même temps, donné Hort, hourt (palissade) et behort (tournoi), en espagnol bohordo (petite lance), images qui sont loin d'échapper à l'univers arthurien. C'est sans doute pour cela que les fêtes allemandes du Moyen-Age étaient appelées des Graals.
La racine KER signifie Coeur, cette image est aussi proche de la symbolique développée dans les romans arthuriens. Le graal comme contenant du sang du Christ, ou Saint Graal signifierait aussi Sang Réel (Sangrail), l'évolution du mot est ici liée au développement à l'époque des croisades du culte du Précieux Sang, et mutatis mutandis, du Sacré Coeur etc.
Le mot connaît ensuite une fortune considérable, du plat à barbe du Don Quichotte de Cervantés à Jean d'Auton, lequel, dans son Lacurne, publié par les Annales de Louis XII, au XVIIème siècle, cite "celuy plat qu'on appelle le saint graal".
T.S. Eliott s'inspirera de la terre Gaste dans son roman The Waste Land. Le thème du Graal se retrouve également dans le Roi Pêcheur de Julien Gracq (1949), dans les romans de T.H. White "The Once and Future king" et "The Sword in the Stone", et chez Boris Vian "le Chevalier de neige" représenté par Jo Tréhard en 1945, à Caen et à Strasbourg dans une version "opér" sur un livret de Georges Delerue. Il faut encore mentionner l'ouvrage de l'académicien Pierre Benoît, Montsalvat, 1957, qui reprend la thématique de l'exode du graal présente chez Wolfram jointe à des références cathares. On retrouve ici le croisement littéraire cher aux écrivains médiévaux entre la femme inaccessible et la quête du saint vase.
Tout prés de nous, nous voyons ce thème refleurir dans la littérature contemporaine: Michel Rio, Merlin, Barjavel, L'Enchanteur (1984), Jean-Pierre Le Dantec, Graal-Romance (1985), Florence Trystram, La nuit du motard (1986), Lancelot (1987), Marion Zimmer Bradley, La Dame du Lac, Les Brumes d'Avalon, Le Secret d'Avalon proches du légendaire celtique, Gilles Nadin, Le retour d'Avalon (1993), tandis que de nos jours les aventures du Graal connaissent à nouveau un immense succès dont témoigne une production intense notamment sur le plan cinématographique, de Richard Thorpe (1953) à Jerry Zucker (1995) en passant par Georges Bresson, Eric Rhomer, Les Monthy Pythons, Walt Disney, John Boorman, Syberberg et Steven Spielberg.
La filiation entre ce mythe d'origine celte et l'ésotérisme contemporain est également patente dans un écrit de la loge de Saint Louis des Amis Réunis à Calais, laquelle indique que l'on donnait autrefois le grade de Chevalier de la Table Ronde du Roi Arthur dans un rituel primitif de cette loge. Plus surprenant, en 1785, lors du convent de Paris, le baron Gleichen déclarait, citant des sources Rose-Croix, que les maçons "seraient venus en Angleterre sous le roi Arthur", ce qui expliquerait que l'usage d'une Table Ronde est indispensable à certains travaux des hauts grades du Rite Ecossais Ancien et Accepté.
La Quête du Graal procède d'une aspiration profonde, la réflexion sur la richesse et la complexité du thème, véritable melting pot culturel, nous incite à accueillir avec prudence les tentatives type New Age qui tendraient par projection identificatoire ou simplification abusive à en faire un argument de consommation spectaculaire. Il fournirait alors des justifications à nombre de dérives sectaires. Le récent rapport parlementaire sur les sectes nous a permis d'identifier plusieurs mouvements néo-religieux qui n'hésitent pas à convoquer ostensiblement le mythe du Graal au service d'idéologies simplistes ou régressives, reproduisant sous une forme euphémisée certes mais tout aussi perverse l'ambition récupératrice qui fut celle des nazis, fascinés par les motifs sanguinaires. La leçon de la Quête est d'abord celle d'une libération de l'âme.
La lecture du mythe nous invite à prendre en compte le Graal dans une constellation. Il apparaît en effet toujours, dans les sources celtes, dans une interdépendance avec d'autres objets sacrés: la pierre de souveraineté, la lance, l'épée, la table ronde qui vient harmoniser les contraires. Cette interaction constante, que révèle l'analyse textuelle et dont le Graal est à la fois le pivot et la source ne peut que nous inciter à une réactualisation sans cesse renouvelée de nos connaissances car. Une telle quête ne saurait en effet revêtir qu'une figure, celle de l’inachèvement car "si on n'a vu et connu toute chose, le Gwenved demeure inaccessible" (Le Barddas).
 
Bibliographie.
Bertin Georges, La Quête du Saint Graal et l'Imaginaire, Corlet, 1995.
Charvet L. Des vaus d'Avalon à la Queste du Graal, Paris, Librairie José Corti, 1967.
Chrétien de Troyes et le mythe du Graal, Paris, Sedes, 1972.
Dumézil Georges. Mythe et Epopée, Paris, Gallimard, 1986.
Durand Gilbert. Les structures anthropologiques de l'Imaginaire, Paris, Dunod, 1985, 10ème éd. et Beaux-Arts et Archétypes, Paris, PUF, 1989.
Evola J. Le mystère du Graal, Paris, Editions Traditionnelles, 1984.
Frappier Jean. Le roman Breton, les origines de la Légende Arthurienne, Paris, C.D.U.-Sorbonne, 1963.
Gallais P. Perceval et l'initiation, Paris, Sirac, 1972.
Hucher E. Le Saint Graal ou Joseph d'Arimathie. Robert de Boron. Le Mans, Monnoyer, 1878.3t.
Jung Emma et Von Franz Marie Louise, La Légende du Graal, Albin Michel, 1988.
Lavenu Philippe. L'Esotérisme du Graal, Corlet/Tredaniel, 1986.
Lot Ferdinand. Etude sur le Lancelot en prose, Paris Champion, 1918.
Markale Jean.- La femme celte, Paris, Payot, 1987
Marx Jean. La légende arthurienne et le Graal, Paris, P.U.F. 1952
Payen Jean-Charles, Littérature Française, le Moyen Age, Paris, Arthaud, 1979.
Rahn Otto, Kreuzag Gegen Gral, Fribourg en Brisau, 1943 traduit en français en 1944 sous le titre Croisade contre le Graal, grandeur et chute des Albigeois
Ribard Jacques. Le Conte du Graal, anthologie thématique, Paris, Hatier, 1976.
Sansonetti Georges. Graal et Alchimie, Paris, L'ile Verte Berg International, 1982.
 
Par bernadette - Publié dans : mon estampille
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